Artiste

Mireille DubreuilLe caractère immuable de la pierre me fascine. Elle témoigne du temps qui passe en millénaires. Physique et tout en patience, son travail m’entraîne dans un état méditatif. J’aime travailler manuellement, sentir dans mon bras l’effort d’entrer dans la pierre, le temps de maîtriser la matière, le burin, la force et l’émotion.

Le défi consiste à suivre la ligne des veines pour découvrir le mouvement de sa création. Je laisse souvent des formes brutes côtoyer le poli et l’arrondi, le contraste des textures de la pierre rappelant toujours sa forme première. Je travaille chaque pièce aux limites de son format pour que toujours on y sente la mémoire de son premier contour. C’est à partir du centre que j’entame mes sculptures, de là viennent ces trous où l’on peut glisser les doigts.

Mes sujets sont une série de gardiens, témoins de la beauté qui nous entoure dans un moment figé dans le temps. Qu’elle soit issue d’un bord de mer, du plissement d’une montagne ou de glaces éternelles, la roche raconte toujours son histoire, témoin ultime des âges de la terre et des êtres vivants. Les Andes et leurs fossiles marins, témoins de l’antique mer qui les recouvraient ou encore l’albâtre des Îles de la Madeleine m’inspirent des poissons, des oiseaux marins, de vent et des personnages en bord de mer.

J’ai commencé à travailler la pierre alors que je voyageais beaucoup. Les pièces devaient être assez légères pour être transportées. À l’exception de sculptures laissées sur place, toutes mes oeuvres entraient dans ma valise aux côtés de mes outils. C’est aussi la caractéristique de cette période de ma production. Inspirées par le toucher et le confort dans la main, ces sculptures ont souvent plusieurs pieds (bases). J’habite désormais les montagnes du nord du Québec où une nature magnifique accueille mes randonnées quotidiennes. Ici, les rois sont les roches erratiques, transportées par la glace mouvante à l’ère des glaciers. Elles se dressent au milieu de la forêt, comme autant de sentinelles. L’Aiguille, le mont Condor et le mont King. Ces trois sommets m’ont inspiré des personnages nobles et intemporels, témoins observant la vue, au loin.

Depuis toujours, l’esthétique et les mythologies liées au vent, aux poissons et aux oiseaux du bord de mer et de la forêt font partie des muses qui inspirent mon langage formel. Je sculpte aussi les visages et le corps en mouvement de personnages qui s’arrêtent et observent, dans un exercice tactile.

Je cherche, au delà de l’esthétisme, à représenter un instant de paix autant que de conscience.